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Une vie missionnaire mouvementée au Congo : 
André Leblanc, 40 ans au Congo.
(Document rédigé par son frère Jacques)
 
     Né à Namur, le 8 décembre 1933, André entre dans la congrégation de Scheut à Jambes en 1953 et il sera ordonné prêtre à Scheut-Bx, le 2 août 1959. Au moment où après l’indépendance de 1960 les Belges fuient le Congo, il part en mission pour un premier terme de sept ans. C’est dans la province du Bas-Congo, à Tshela qu’il rejoint la communauté de Scheut, avant celle Seke-Mbanza où les langues usuelles sont le Kimbala et le kiyombe.
 
Paroisse abandonnée depuis 25 ans
     En 1984, André se porte volontaire pour une paroisse délaissée après la rébellion de 1964 et donc sans prêtre depuis 25 ans, Banalia à une centaine de km au nord de Kisangani et il s’adapte maintenant à la langue swahili. Il dessert alors la région dans un rayon de plus de 150 km jusqu’à Panga, une ancienne mission construite dans les années vingt et abandonnée depuis l’indépendance. Les bâtiments sont en ruine, mais habités par un assistant paroissial, sa femme et ses enfants, on l’appelle le vicaire, il n’y a ni eau, ni électricité! Le plus souvent, André se déplace à pied ou en vélo, il s’absente alors de la mission plusieurs jours, voir plusieurs semaines pour visiter les paroisses, de village en village.
      En mai 1990, dans le cadre d’une mission de coopération, j’ai pu rejoindre André à Banalia et l’accompagner dans une expédition à Panga situé à 150 km, sur les chemins des petits chercheurs d’or. C’est le cœur d’une région d’exploitation sauvage et de trafic d’or et de diamants qui ne profite pas à la population. Il fallait acheminer à Panga des vivres et un volumineux matériel, avec une ancienne jeep Toyota et Maurice, un confrère véritable as du volant, nous sommes partis à l’aurore à travers des pistes embourbées. On ne devait pas éviter des trous, mais les choisir et le pire, franchir ce qui avait été des ponts. Sur le trajet, j’en ai compté quatre-vingts, fait de grumes et de planches instables, surplombant rivières et ravins, chaque traversée comprenant des risques inimaginables. 
     Après quinze heures de route, c'est au crépuscule que nous arrivons à Panga où nous sommes accueillis tellement chaleureusement. Les gens du lieu avaient été prévenus de l’arrivée du père André par une succession de messages « tam-tam » que nous avions pu entendre tout au long de notre parcours. André me cède sa chambre, une sorte de grange, de mon lit de camp, j’aperçois plus les étoiles que la toiture, une peau de serpent desséchée d’environ un mètre parait collée à une poutre et le vol des chauffe-souris ne me facilite pas le sommeil… Le lendemain à 6 heures une cloche sonne et la grande chapelle délabrée et presque sans toit se trouve remplie par plus de cent personnes, dont beaucoup d’enfants qui improvisent une petite chorale. Ils ont souvent marché la nuit plus ou moins de vingt km, me dit André, pour assister à la messe. 
 
Au secours de Mgr Nkiere cicm
    En 1996, André répond à un nouvel appel, presque de détresse, lancé par Mgr Philippe Nkiere-Kena, évêque de Bondo, depuis 1992. André y arrive en novembre 1996, alors seul prêtre européen dans une région (province du Bas-Uele) plus grande que la Belgique et ne dispose d’aucune commodité, comme l’eau ou l’électricité.  
 
    Une atmosphère d’insécurité règne dans la région, les milices de Mobutu, livrées à elles-mêmes, commettent de nombreuses d’exactions, des pillages et des arrestations arbitraires sont courantes et déjà on parle de l’avancée du rebelle Kabila. À Bondo, Mgr Nkiere avait aussi mis en place ce mouvement de défense des plus démunis, « Ekolo ya Bondeko » qu’il avait créé à Kinshasa et qui lui tenait fort à cœur. André est avec lui dans les moments les plus difficiles, et ils n’ont pas manqués. Ensemble ils effectuent des démarches presque quotidiennes pour aider des paroissiens aux prises avec les abus de ces militaires qui ne touchent plus de solde et vivent surtout de rapines. 
 
En état de guerre
 
     Le 6 janvier 1997, André m’écrit : Depuis la prise de Bunia (1000 km de Bondo), par l’armée de Kabila, je suis à Lisanga (petit village des environs de Bondo). Alors que j’animais une retraite de séminaristes, dans la nuit du 30 au 31 décembre, vers 23 heures, un de nos stagiaires est venu me réveiller. Mgr me faisait savoir qu’il fallait fuir sur-le-champ en emportant ce que nous avions de plus précieux, c’était mon calice et ma petite machine à écrire. La retraite ainsi écourtée, l’étudiant me précède et nous partons rejoindre notre évêque ainsi que trois demoiselles missionnaires laïques. Mgr avait été informé qu’avec André, ils étaient en tête de liste de personnes recherchées et condamnées à mort !
La contrée est en état de guerre, les fuyards de Mobutu avaient complètement pillé les localités environnantes et ils se déplaçaient en colonnes de camions et voitures volées… La nuit on se cache, il est cependant décidé d’avancer l’ordination au diaconat de deux de nos jeunes séminaristes. André poursuit : Nous n’imaginions pas que la situation allait empirer si rapidement, nous nous sommes ainsi retrouvés dans la brousse, mais finalement cette nuit dans la tourmente fut pour nous une expérience très riche. Nous avons ensuite été recueillis dans un petit village non loin de l’évêché, là où « notre évêque des abandonnés », comme le dénomme André, recueille les exclus de la société, les lépreux et les plus misérables. C’est eux qui nous ont sauvés durant cette nuit où nous avons craint le pire. D’abord réfugié sous une toiture en construction, à côté d’une palmeraie d’huile, avant d’être reçu dans une maisonnette ronde, au toit de chaume où des stagiaires nous ont procuré deux matelas. Un a été donné aux trois demoiselles, le second, Philippe et moi l’avons partagé fraternellement.  Ce qu’André ne dit pas, c’est qu’en fait, il était devenu le fraternel « garde du corps » de son évêque ! 
 
La fuite
    Le 30 décembre, dit André, nous avons eu une dernière réunion avec Mgr pour décider de la sauvegarde des personnes et des biens. La situation est telle que nous devons impérativement quitter la région. Un avion devrait venir nous prendre le 1er janvier, mais il ne pourra emmener que cinq passagers, sans bagage, Mgr Philippe, trois expatriés, deux sœurs et moi. Les auxillaires diocésaines se cacheront dans leur famille ainsi que les séminaristes et les stagiaires. Pour finir, l’avion annoncé ne viendra pas et c’est en voiture que durant la nuit de la Saint-Sylvestre 1997 nous cherchons à fuir, mais après 7 heures de route, nous décidons à nos risques et périls de rentrer à Bondo. Vers 13 heures, à peine arrivés à l’entrée en ville, nous sommes informés de l’atterrissage du petit avion attendu. Finalement, nous arriverons à Kinshasa le 4 janvier où nous sommes accueillis par nos confrères de Scheut à Limete. 
 
    Après quelque temps à Kinshasa, Laurent Kabila ayant pris le complètement le pouvoir en mai 1997, André retourne à Bondo où malgré les fortes tensions qui règnent, il poursuit son action missionnaire et reste très proche de son évêque Mgr Nkiere. 
 
Une vie pleine de risques
      Au cours de sa vie au Congo, déjà avant Bondo, le père André frôle plusieurs fois la mort, il n’a pas pu échapper à la malaria ; à Banalia, alors que le bac qui traverse la rivière Aruwimi est en panne, un villageois l’invite à monter dans sa pirogue, il est ivre et l’embarcation ne tarde pas à se retourner, repêché inconscient, on le croit noyé, il revient à lui, les témoins parlent d'un miracle ! Dans ses nombreux déplacements, André dort chez l’habitant sur une natte à même le sol, il sera mordu par un serpent et soigné par un guérisseur local. À Panga, il se blesse sérieusement à la jambe, il fera 200 km en vélo pour se faire soigner à l’hôpital de Bangassou en République centrafricaine.
 
    Après un congé en Belgique en 1999, André retourne à Bondo, mais en début de l’an 2000, des problèmes sérieux de santé l’obligent à rentrer en Belgique. Il devient malvoyant et se dirige avec une canne, malgré cette dure épreuve, il veut rester utile et missionnaire. En 2001, il rejoint la communauté paroissiale des Scheutistes, proche des aéroports de Paris, dans un quartier populaire à Goussainville, il visite les gens du voyage, mais il sera aussi l’objet agression qui le marque douloureusement. En 2002, son état s’aggrave et il est amené à rentrer en Belgique, après un pénible parcours d’hôpitaux, il décédera dans sa communauté d’Embourg, le 30 mars 2004.
 
Quelques jours avant sa mort, André me disait : « J’ai été heureux d’avoir pu vivre avec les plus démunis, mes 40 ans de Congo ont été pour moi, des années de bonheur,
ici je suis un peu un SDF » !
 
 
Jacques Leblanc,  10 février 2019.