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Interview Mgr Monsengwo Kinshasa - par webMaster le 16/03/2019 @ 11:31

 

Interview du cardinal Monsengwo sur la situation au Congo
Extraits (www.lalibre.be) 
 
LLA. Vous avez confirmé, au Sénat belge, que pour la Conférence épiscopale congolaise (Cenco), le vainqueur de l’élection présidentielle était Martin Fayulu. Que peut faire celui-ci pour que soit reconnue sa victoire. Y a-t-il encore de l’espoir pour lui ?
Mgr Monsengwo. Oui. Nous avons bien fait de diffuser les chiffres. Ceux qui ont financé le déploiement de nos observateurs l’ont fait pour que ceux-ci récoltent les résultats affichés bureau de vote par bureau de vote. Malheureusement, l’occasion d’afficher ces résultats n’a pas été totalement donnée aux agents de la Ceni (Commission électorale nationale indépendante) mais nos observateurs ont pu prendre environ 73% des procès-verbaux. Nos chiffres ont été compilés pour être diffusés, pas pour être cachés. D’autant qu’ils sont similaires à ceux rapportés par Cach (NDLR : la coalition Tshisekedi/Kamerhe) et à ceux des Églises protestantes. Martin Fayulu doit continuer à faire ce qu’il a fait jusqu’ici – soit le contraire de ce qu’on veut lui faire faire. Il doit s’efforcer de faire éclater la vérité des urnes. Son combat, c’est celui du peuple.
 
LLA. Mais de quels leviers dispose-t-il, concrètement, alors que la Cour constitutionnelle a dit sa requête non fondée ?
Mgr M. La Cour constitutionnelle est inféodée. Le peuple voulait que disparaisse le système de gouvernance de Kabila ; ce n’est pas une affaire de personne, c’est une affaire de système. C’est ce que dit le peuple.
LLA. Mais personne ne l’entend…
Mgr M. Nous ne pensons pas. On a dit que l’Union africaine avait reconnu Tshisekedi. Or, quand M. Tshisekedi s’est rendu à Luanda, le président angolais Joao Lourenço avait fait déployer le drapeau national, pas celui du Congo. Et lorsque leurs entretiens ont été terminés, qu’a-t-il donné à Félix Tshisekedi ? Il lui a dit : puisque le régime a changé, reprenez vos réfugiés. Ces gestes, cela voulait dire : je reçois un commerçant, avec lequel je fais des accords.
LLA. A l’Union africaine on l’a cependant élu comme un des vice-présidents de la Commission africaine. Mgr M. Oui. (Rire) Cela ne veut rien dire…
LLA. Comment se fait-il que la population n’ait pas protesté devant le tour de passe-passe électoral ? Mgr M. La population proteste par sa manière d’accueillir Martin Fayulu en triomphe, partout où il est passé après les élections – Kinshasa, Beni, Butembo, Goma, Kikwit, Masi-Manimba, Matadi.
 
LLA. Mais cela ne change pas les choses.
 
Mgr M. Après les élections, la Cenco, les confessions religieuses, les acteurs politiques et Fayulu lui-même ont appelé le peuple au calme ; c’est très important pour comprendre pourquoi le peuple est resté calme malgré sa déception. Plusieurs fois, d’ailleurs, le peuple a réclamé des armes mais Martin Fayulu a dit : c’est un combat démocratique. Il faut se rappeler qu’avant les élections, il y a eu beaucoup de morts lors des protestations (NDLR : contre le maintien au pouvoir de Joseph Kabila). La seule réaction de Joseph Kabila a été la répression dans le sang. Il est encore là ; son gouvernement est encore là ; sa police est là, son armée est là… Donc on voit la volonté du peuple dans sa mobilisation lorsque vient Martin Fayulu.
 
LLA. Que pensez-vous de l’attitude de l’Union européenne (NDLR : qui a félicité Félix Tshisekedi) ? De la Belgique (qui a pris note de son accession à la Présidence) ? Mgr M. Si vous ne comprenez pas les signaux qui vous sont envoyés, que voulez-vous qu’on vous dise ?
 
LLA. Comment agir si les Congolais eux-mêmes n’organisaient pas les protestations violentes auxquelles les capitales étrangères s’attendaient ? Mgr M. Pour qu’on les tue ? Qu’on les tue jusque dans les églises, comme cela s’est déjà fait ? La mobilisation, aujourd’hui, tient compte des précédents ; les manifestations sont donc pacifiques.
 
LLA. En Europe, on a l’impression que, pour la majorité des Congolais, même si Fayulu n’a pas vu sa victoire reconnue, il y a quand même alternance et qu’ils se contentent de ça. Tshisekedi est-il l’alternance pour la population ?
Mgr M. Il est nommé. Est-ce ce que la population attendait, je ne le pense pas.
LLA. Jusqu’à quand durera le mouvement de manifestations pacifiques ?
Mgr M. Tant que Fayulu réclamera la vérité des urnes.
 
LLA. Que pensez-vous qui va changer au Congo avec le passage d’un régime Kabila à un attelage Kabila-Tshisekedi ? Mgr M. C’est le même régime. Rien n’a changé. Au contraire : c’est un Président nommé. Si vous vous contentez de cela, bon. Mais Fayulu va continuer à réclamer la vérité des urnes.
(..)
LLA. En tant que cardinal, vous pensez que la Cenco n’a pas reconnu Tshisekedi ?
Mgr M. La Cenco, en son temps, avait donné sa position : il ne lui appartient pas de refuser l’investiture de M. Tshisekedi. L’Église accompagne les institutions pour y mettre la vérité. Et c’est cette vérité que nous voulons. Parce que c’est cette vérité qui apportera la paix au Congo.
.
LLA. On se focalise sur la présidentielle mais les législatives interpellent aussi 
Mgr. M. Ces résultats, tels que proclamés par la CENI, ne vont pas dans le sens de la logique du résultat de l’élection présidentielle, car quelqu’un qui vote pour un candidat président ne va quand même pas voter aux législatives contre les partisans de ce candidat présidentiel ! 
(…)
LLA. On a tué dans les églises lors des trois marches de décembre 2017, janvier et février 2018 à Kinshasa. Puis ces marches n’ont plus eu lieu…
Mgr M. On leur a demandé d’arrêter ces marches parce que des gens ont été empêchés de prier alors qu’ils voulaient juste prier ; ils ont été entraînés dans le mouvement des autres ou bien n’ont même pas pu sortir des enclos des églises.
LLA. Cet arrêt des marches n’a pas été bien compris par la population. Mgr M. C’est vrai. La population l’a vu comme une demi-mesure ; ça lui a laissé une impression d’inachevé. On a alors décidé de changer de stratégie.
(…)
LLA. Face à un pouvoir comme celui de M. Kabila, l’Église catholique n’a-t-elle pas perdu de son influence en RDC ?
Mgr. M. C’est une affirmation massive ! Non, pas du tout ! L’Église, ce sont des dizaines de milliers d’écoles, des centaines d’hôpitaux, des milliers de dispensaires, des milliers de paroisses disséminées dans tout le pays et des universités. Près de 60% de la population est catholique. Et l’Église Catholique du Congo est la plus importante d’Afrique ; elle est de loin l’organisation de la société civile la mieux structurée et gouvernée. La majorité des cadres du pays sont sortis des écoles catholiques et ils apportent au pays un important socle intellectuel et moral de grande qualité. Dites-moi alors si votre affirmation n’est pas trop hâtive ! Un adage latin dit ceci : « Quod gratis affirmatur, gratis negatur ! »
(…)
NB : On se rappelle les massacres opérés par l’armée et par la garde présidentielle (cette dernière est composée principalement de mercenaires et…. nettement mieux payée et équipée que l’armée nationale), lors des manifestations pour exiger que Kabila respecte la constitution.